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Interview: Jean- Eric Perrin

Milliardaire du rock, Jon Bon Jovi, le beau gosse du New Jersey, fait son entrée officielle dans le monde de la mode: il pose pour Versace et assiste à son premier défilé haute couture dans les salons du Ritz, à Paris. Après Madonna et Prince, Bon Jovi est le nouveau top-model  de Versace. Rock'n'roll classe....

   




Samedi, 16h, les couloirs du prestigieux hôtel Ritz ressemble à un banal Auchan : on s'y bouscule, on s'y énerve. C'est là que, dans une poignée d'heures, débutent les défilés haute couture été 96. A l'abri dans une suite du troisième étage, Jon Bon Jovi m'a accordé quelques minutes de son précieux temps de rock star planétaire: après Prince et Madonna, Versace l'a choisi comme portemanteau, histoire d'ajouter une pincée d'électricité dans son glamour. Pour un type qui a vendu quelques dizaines de millions d'albums depuis 1983, Jon est resté simple et amical. Timide, effarouché à l'idée de se frotter pour la première fois au monde de la mode...

Tu te prends pour un mannequin?

JBJ: Gianni et sa soeur Donatella sont mes amis depuis trois ans. Ils m'ont souvent demandé de venir assister aux défilés, mais je n'avais jamais pu jusqu'à présent. Toujours en train de tourner, d'enregistrer, d'être ailleurs...En ce moment, je tourne dans un film à Londres, donc je n'étais pas loin. Et puis j'ai fais cette séance photo, qu'ils ont fait coïncider avec ma tournée. On a fait ça en Floride et ça s'est vraiment bien passé.

Versace aime ta musique?

JBJ: Lui et sa soeur sont de vrais fans, ils aiment ça. Avant même de penser à me proposer de faire ses photos, ils venaient à nos concerts et on se voyait quand nous tournions en Italie. La première fois, c'était juste une mutuelle admiration qui a fait que Gianni m'a invité à déjeuner chez lui. A partir de là, on a développé une amitié durable.

Comment te sens-tu dans ce monde?

JBJ: Il y a encore cinq ans, la seule étiquette qui avait su attirer mon attention, c'est celle de Levi Strauss! Et puis, je me suis rendu compte qu'il y avait des choses que je pouvais porter en me sentant à l'aise. Par exemple ce pull, ou cette paire de boots. Je les porterais aussi bien, qu'elles soient signées Versace ou surplus de l'armée. Il se trouve qu'elles sont de Versace. Elles sont confortables et légères, c'est cool...

Imaginais-tu, il y a quelques années, que tu pourrais un jour te sentir à l'aise dans ce milieu si éloigné du tien?

JBJ: N'importe quel kid du New Jersey comme moi ne peut se sentir bien qu'en jean, T Shirt et Perfecto. On a commencé à s'approcher de la mode quand on a eu besoin de vêtements pour les clips. Là, on a réalisé que la mode pouvait elle aussi créer les choses qu'on cherche, au lieu de se prendre la tête. Il y a quelques années, pour un clip, je m'étais fais faire un costume en véritable peau de serpent, bottes, pantalon, gilet, veste. C'était magnifique mais importable: trop raide, impossible de marcher avec, de se pencher même! Un jour, je rentre dans la boutique Versace à Aspen, dans le Colorado, et je vois le même costume, en faux serpent, souple, utilisable, confortable et avec un look vrai. Pour revenir à mes boots, ce sont de simples work boots, mais Gianni y a ajouté un zip, pour qu'on ne perde pas de temps à les lacer.

Tico, ton batteur est fiancé à Eva Herzigova, tu vas t'asseoir au premier rang du défilé Versace, à côté de Sting et de Bryan Ferry. Tu t'y sens obligé par ton succès?

JBJ: Non! Mais il se trouve qu'aujourd'hui les défilés sont comme des concerts de rock, avec de la lumière et de la musique. Et puis, pourquoi j'irais m'emmerder à faire du cinéma, à retenir tous ces dialogues, alors que c'est plus facile d'être mannequin? Je rigole...En plus, c'est le premier défilé auquel j'assiste, Versace Eté 96...Je n'ai pas encore expérimenté ça, et ma femme non plus. Ca me change, c'est rare pour moi d'être à Paris sans concert à donner. On reviendra jouer début juillet. Ensuite, il y aura des projets solos. Richie Sambora va monter son Blues Incorporated, moi je fais du cinéma, peut-être un album solo après. Dans notre groupe, il n'y a pas de problèmes d'ego. Après huit albums, nous sommes connus dans le monde entier, on n'a plus besoin d'être sur la brêche et de sortir un album tous les deux ans. On a même réussi à marcher en France! Incroyable!!!

Vous êtes comme les Stones: capables de vivre des aventures personnelles puis de resouder la "bande de mecs"...

JBJ: Tous les groupes regardent les Stones comme un modèle de longévité. Quand on a joué ici avec eux, l'été dernier, c'était fabuleux. On rêvait d'ouvrir pour eux, pour pouvoir dire un jour à nos petits-enfants: "Les Stones? Ouais, on a joué ensemble, dans le temps..." Trois nuits à Wembley et le week-end à Paris. C'est vraiment excitant de les voir, de boire un coup avec Keith.

Aujourd'hui tu te sens un peu blasé?

JBJ: Je ne crois pas avoir changé. Quand on atteint un niveau, quel qu'il soit, on réalise qu'il y en a toujours un autre, plus haut, à atteindre. Quand on est venu ici pour la première fois, on ouvrait pour Kiss au Zénith, début 84. Johnny Hallyday, dont on ne connaissait rien, y jouait pendant un mois. Kiss avait installé son set devant celui de Johnny, et nous le nôtre devant celui de Kiss. Ce qui nous laissait une scène d'environ un mètre de profondeur seulement. On pouvait penser: "Wow, on est à Paris, on y est arrivé!" et puis on revient remplir le Zénith un peu plus tard, seuls, et puis on vient faire Bercy, à chaque fois on passe une étape. Et il y a toujours quelqu'un qui jouera plus longtemps que toi dans un endroit encore plus grand. Alors, ça reste excitant...

Tu restes étonné de ton parcours?

JBJ: Man, on est au Ritz, regarde ces plafonds! Des fois, tu as envie d'envoyer une carte postale à la maison :" Wish you were here!" On vit toujours au New Jersey. On a les mêmes amis. Je connais ma femme depuis 16 ans, on était à l'école ensemble. Même si on achetait une maison quelque part ailleurs, le New Jersey, c'est notre maison. Paris, c'est sûr, c'est beaucoup plus beau, mais on revient toujours là où on a démarré. On aime aller au ciné, voir des potes.

Tu vas au ciné sans créer d'émeute?

JBJ: Bien sûr! Tout ça c'est des conneries. J'ai un super job, mais je ne le prends pas plus au sérieux que ça. Je vais toujours au supermarché du coin, et je fais le plein de la voiture.

Ce nouvel intérêt pour le mode te pousserait-il à t'investir à fond?

JBJ: Il y a 7 ou 8 ans, je produisais des chansons pour Cher et, un jour, elle me donne un blouson de cuir avec des chaînettes sur le dos et un signe de la paix. Michael Smidt, un créateur qui essayait de survivre, lui avait fait. Et pendant deux ans, je lui ai donné de l'argent pour financer sa griffe. Il voulait que je sois son partenaire., je lui ai dit: "Je ne veux pas être ton partenaire. Je te donne les moyens et je te souhaite bonne chance parce-que tu as du talent." Mais ça n'a pas marché, il n'a pas réussi à percer. Il y a quelques types qui font des vêtements pour des groupes de rock, comme Henri Duarte, celui qui avait fait mon costume en serpent. Il fait des trucs pour Aerosmith, Lenny Kravitz...

Le glamour reviendrait-il dans le rock?

JBJ: Moi je suis tellement physique sur scène que je n'ai pas besoin que quelqu'un réfléchisse à ce que je vais porter. Je reviens au jean, parce-qu'il faut que ça soit solide, que ça supporte une semaine sans lavage, et crois-moi, au bout de cinq shows, ça commence à puer. Mais sur la route, je ne me vois pas porter autre chose. Je ne me vois pas porter une paire de boots sur scène, il me faut des baskets, sinon je suis limité dans mes mouvements. Et puis on transpire tellement que ça serait dommage de ruiner des fringues de créateurs sur scène. J'en ai parlé avec Elton John, je lui ai demandé comment il faisait pour porter sur scène son costume de Donald Duck...Il m'a dit:"C'est vrai, quand j'ai fait faire ce truc, je n'ai jamais réfléchi au fait qu'il me faudrait m'asseoir au piano avec! J'avais la queue de pie qui me faisait perdre l'équilibre." Ah, Ah!

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